Responsabilité, adaptabilité et esprit d’aventure

Jean-Marc Merle Pharmacien humanitaire

Après quinze ans passés en laboratoire, Jean-Marc Merle a décidé, en 1993, de s’installer en officine à Vierzon (18). Et comme un changement arrive rarement seul dans la vie de cet hyperactif, c’est au même moment qu’il a choisi de s’investir dans l’humanitaire. Rencontre avec un pharmacien sans frontières.

Comment est né votre engagement dans l’humanitaire ?

J’ai toujours eu un goût pour le milieu associatif, un penchant que j’ai exprimé pendant mes études en tant que membre actif de la corporation. J’ai ensuite mis de côté ces activités pendant mes missions dans l’industrie pharmaceutique, faute de temps. Puis l’engagement est revenu assez naturellement, car j’avais envie de sortir des sentiers battus, de vivre autre chose. Dans les années 1990, j’ai choisi de mener différentes actions aux côtés de Pharmaciens Sans Frontières. En tant que spécialiste du médicament, le travail de cette association me touche particulièrement, car j’estime que nous avons le devoir de ne pas laisser les produits entre les mains de n’importe qui. Cet engagement, j’ai voulu le porter en France et à l’étranger, c’est pourquoi je préside aujourd’hui la PHI (Pharmacie Humanitaire Internationale), seul organisme à bénéficier du statut de répartiteur humanitaire en France.

Quelles sont les missions qui vous ont le plus marqué ?

Je me souviens particulièrement du tsunami qui a touché le Sri Lanka fin 2004. Là-bas, nous avons monté un projet global de santé qui comprenait la construction de plusieurs maisons, d’une école et d’un dispensaire. Les conditions étaient très difficiles ; nous travaillions sous les bombes à cause de la guerre ethnique qui sévissait sur ce territoire. Mais le pays était si dévasté qu’il paraissait évident d’apporter notre aide aux sinistrés. Je me souviens encore de l’émotion ressentie quand j’ai remis les clés du dispensaire. J’ai connu la même satisfaction au Pérou quand nous avons ouvert un orphelinat ou encore en République dominicaine après avoir réhabilité un dispensaire. Ce genre d’événement donne du sens à l’engagement, c’est la plus belle récompense que l’on puisse recevoir.

Est-il facile de concilier missions à l’étranger et travail à l’officine ?

Comme toutes les passions, l’action humanitaire prend beaucoup de temps et l’entourage – familial et professionnel – ne le comprend pas toujours. Il faut savoir s’organiser. À l’officine, je m’arrange pour que les rendez-vous importants, avec le comptable par exemple, n’aient pas lieu pendant mes déplacements, et j’ai la chance de pouvoir être remplacé par mon assistante. Quelles sont les qualités requises pour être pharmacien humanitaire ? J’ai l’habitude de dire aux jeunes pharmaciens qu’ils doivent laisser leurs habitudes et leurs théories à l’aéroport avant de partir en mission. L’humanitaire nécessite une grande faculté d’adaptation. Il faut savoir observer pour comprendre les organisations locales du travail et vivre dans l’esprit du pays. Par exemple, le respect des horaires n’est pas présent dans toutes les cultures. Ainsi, il ne faut pas se formaliser pour un retard. La mission de pharmacien humanitaire nécessite aussi un certain esprit d’aventure, car l’on se retrouve souvent dans des conditions de confort très sommaires. Enfin, la curiosité et l’esprit de solidarité comptent par-dessus tout.


Une formation qui allie pharmacie et humanitaire

Unique en France, le DU pharmacie & aide humanitaire (PAH) est proposé depuis 1994 à l’université de Caen Basse Normandie par l’UFR des Sciences Pharmaceutiques. En 2000, son volet théorique a été complété d’un stage de trois à six mois, au cours duquel les étudiants ont mené une mission humanitaire. Pour Jean-Jacques Bléas, pharmacien responsable pédagogique de ce DU, la création de cette formation était une évidence : « Quand j’étais permanent à Pharmaciens Sans Frontières, je me suis rendu compte que j’accumulais sur le terrain des méthodes de travail bien spécifiques qui ne se limitaient pas seulement à l’approvisionnement en médicaments. Il m’est apparu très naturel de les transmettre. » Au programme de cette formation, les notions de géopolitique côtoient donc la gestion du médicament essentiel ou encore l’épidémiologie des maladies parasitaires. Pour passer de la théorie à la pratique, le stage doit répondre à un objectif précis, comme la réorganisation d’un centre de santé au Sénégal ou l’enseignement dans une faculté haïtienne. Le diplôme en poche, les pharmaciens peuvent prétendre à des postes de consultants en ONG, en ambassade, ou encore à l’OMS. Les inscriptions s’effectuent à partir du mois d’avril de chaque année. Les candidats ont jusqu’en mai pour adresser un dossier de candidature, une lettre de motivation et un CV. Le nombre d’inscriptions est limité à 18 candidats.
Pour plus d’infos : www.pharmahuma.org