Pharmacien hygiéniste : traquer les infections nosocomiales

Quand Houssein Gbaguidi-Haore entame ses études de pharmacie à l’université Louis-Pasteur de Strasbourg, son objectif est clair : il vise le milieu hospitalier et envisage un cursus dans la recherche. Ses aspirations se précisent quand il découvre l’hygiène hospitalière au cours de son internat. Et c’est sur ce terrain multidisciplinaire qu’il a choisi de mener sa carrière.
Quelles sont les motivations d’un pharmacien hygiéniste hospitalier ?
« Le pharmacien hygiéniste occupe un rôle important dans la lutte contre les infections nosocomiales et dans l’amélioration de la qualité des soins : il sensibilise le personnel hospitalier aux bonnes pratiques d’hygiènes, et à un usage raisonné des antibiotiques, il suit l’écologie bactérienne, réalise des prélèvements, évalue l’application des protocoles élaborés… Il y a une grande part de travail d’investigation dans la détermination des causes d’infections nosocomiales, et notamment d’épidémies. C’est une recherche permanente. L’aspect enseignant et formation est un autre intérêt du métier. Le partage d’expériences se fait par le biais de publications ou de communications dans des congrès, c’est un élément de progression indispensable. »
Quel chemin vous a mené jusqu’à ce poste ?
« Au-delà du doctorat en pharmacie, j’ai opté pour un DEA environnement, santé, société, – l’équivalent d’un master 2 aujourd’hui – au cours de mon internat en pharmacie spécialisée qui m’a amené à faire un stage au service d’hygiène hospitalière du CHU de Besançon. L’infectio-vigilance m’est apparue comme une activité pluridisciplinaire, en contact avec tous les acteurs de l’hôpital. Cet aspect transversal m’a incité à passer un diplôme universitaire (DU) d’hygiène hospitalière. J’ai ensuite intégré ce service, pendant trois ans comme praticien attaché, et depuis juillet 2008 comme praticien hospitalier. »
Quelles sont vos responsabilités et missions ?
« Le service englobe trois unités fonctionnelles : une équipe opérationnelle d’hygiène hospitalière (EOH) dirigée par un médecin hygiéniste, un laboratoire d’épidémiologie bactérienne et de maîtrise de l’environnement (pharmacien biologiste) et une unité réseau de lutte contre les infections nosocomiales (médecin hygiéniste) qui assiste les établissements de santé de la région. Je partage mon temps entre deux activités. D’une part, l’EOH (évaluation, formation expertise sur les pratiques d’hygiène et la mise en œuvre de la politique de lutte contre les infections nosocomiales définie par le CLIN de l’établissement). D’autre part, le laboratoire: dépistage des bactéries multirésistantes, notamment chez les patients des services à haut risque (soins intensifs et réanimation, hématologie, néonatologie…) et contrôle de l’environnement (air au bloc opératoire…). Si une épidémie apparaît dans un service, l’EOH coordonne, avec différents acteurs — dont le service concerné —, les investigations (clinico-épidémiologiques, microbiologiques…) en vue d’identifier la source et de l’enrayer. Il faut également suivre la résistance des bactéries par rapport aux consommations antibiotiques. »
Êtes-vous souvent dans les autres services de l’établissement ?
« Ça m’arrive, pour étudier des dossiers médicaux dans le cadre des enquêtes de prévalence et d’incidence ou pour répondre à une demande de conseil sur la mise en œuvre des mesures de contrôle des infections (isolement des patients…). Mais mon quotidien se déroule le plus souvent dans un bureau, au téléphone, face à un ordinateur pour traiter des données, ou en réunion de groupe de travail. J’enseigne aussi l’épidémiologie dans le cadre du DU d’hygiène hospitalière du CHU et d’une licence professionnelle en IUT. »
Quelles filières recommandez-vous aux étudiants attirés par ce métier ?
« L’internat est la meilleure voie vers l’univers hospitalier. Il permet d’acquérir une large expérience dans les différents services. Le DU d’hygiène hospitalière est nécessaire, mais pas suffisant pour exercer cette activité. D’autres DU ou formations sont intéressants pour se perfectionner dans ce domaine: antibiothérapie, épidémiologie, biostatistique, microbiologie… »
Faut-il des qualités particulières ?
« Le pharmacien hygiéniste occupe une fonction essentielle de conseil et de recommandation auprès des médecins et du personnel paramédical sur les bonnes pratiques d’hygiène et les mesures de contrôle des infections dans les services. Il faut donc faire preuve à la fois de diplomatie et de force de conviction pour entretenir une relation efficace avec tous les acteurs qui interviennent dans la qualité des soins au patient. Quant aux investigations qui font le quotidien de ce métier, elles font appel à beaucoup de rigueur et de méthodologie. Le pharmacien hygiéniste est comme un enquêteur, en permanence sur la piste des agents infectieux pour leur barrer la route.»
Pour aller plus loin : le DU d’hygiène Hospitalière
Plusieurs facultés dispensent les enseignements du DU d’hygiène hospitalière. Cette formation est accessible aux médecins et pharmaciens des hôpitaux, aux étudiants en médecine, en pharmacie, ou en odontologie ayant terminé leurs études, et aux professionnels paramédicaux et médicotechniques expérimentés. Elle porte notamment sur :
- des bases en bactériologie, virologie, mycologie et immunologie ;
- les facteurs de risques à l’origine des infections nosocomiales ;
- les moyens de lutte (protocoles de soins, asepsie, désinfection, stérilisation, circuit des déchets, contrôles microbiologiques des circuits d’air et d’eau…) ;
- la législation et les moyens de contrôle des procédures.
Ce diplôme est à mettre en pratique dans l’activité hospitalière. Il peut aussi déboucher sur des fonctions en instances institutionnelles : centres régionaux de coordination de la lutte contre les infections nosocomiales (CCLIN), comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), directions de l’action sanitaire et sociale (Dass), Institut national de veille sanitaire (InVS).
Mise à jour : février 2009.
Source : Pharmag n° 16.



