Marché de la nutrition : le pharmacien, un acteur conseil incontournable

Depuis plusieurs années, le marché de la nutrition s’est fortement développé, mettant dans nos assiettes « produits santé », « alicaments » et compléments alimentaires pour nous aider à équilibrer notre alimentation. En parallèle, les Français ont pris conscience du rôle de l’alimentation dans l’augmentation de l’obésité et des maladies chroniques associées et, par extension, de celui du pharmacien conseil.
Depuis une dizaine d’années, l’accroissement de la prévalence de l’obésité et des pathologies chroniques, pour lesquelles le rôle de l’alimentation est aujourd’hui reconnu, est devenu un véritable problème de santé publique. Les maladies cardiovasculaires constituent en effet l’une des principales causes de mortalité prématurée en France, à l’origine de 32 % des décès (170000 personnes par an). Quant au surpoids, il touche 20 millions de personnes en France et un enfant sur six, avec pour corollaire une augmentation des facteurs de risque de diabète, d’hypertension artérielle, de cardiopathies ou de certains cancers.
Mobilisation contre l’obésité et le surpoids
Face à ce constat, le ministère de la Santé a présenté en septembre dernier son deuxième Programme national nutrition santé 2006-2010 (PNNS) qui met l’accent sur le problème du surpoids. Il se fixe plusieurs objectifs prioritaires tels que l’augmentation de l’activité physique, de la consommation de fruits et légumes, calcium, glucides et fibres, et la réduction des apports lipidiques. Le PNNS propose aussi un nouveau plan de prise en charge de l’obésité par les professionnels de santé. Les collectivités locales sont également mobilisées, avec la signature par les maires de « chartes des villes actives », tout comme les acteurs économiques. Neuf entreprises de l’agroalimentaire, de la grande distribution et de la restauration rapide ont signé un « pacte nutritionnel », s’engageant ainsi à améliorer la qualité nutritionnelle de leurs produits (moins de sel, de sucre, de graisses saturées, plus de fibres…) et à réduire leur publicité destinée aux enfants. À ce sujet, l’insertion de messages sanitaires reprenant les messages du PNNS (« Mangez au moins 5 fruits et légumes par jour ») est maintenant obligatoire dans les publicités alimentaires.
Le conseil du pharmacien, un rôle important au quotidien
Au-delà de ces actions gouvernementales, le pharmacien joue lui aussi un rôle important au quotidien en tant qu’acteur de santé publique dans la lutte contre l’obésité. Proche des personnes atteintes de pathologies chroniques ou à risque, il peut efficacement relayer les messages du PNNS et donner des conseils de prévention (nutrition, activité physique, surveillance de la tension, du poids…). Il peut également conseiller des compléments alimentaires pour parfaire des apports en vitamines et minéraux déficients ou mal adaptés, notamment chez les personnes à risque (personnes âgées ou stressées, femmes enceintes, adolescents, fumeurs) dont les besoins ont augmenté. Mais son rôle peut aussi etre efficace auprés de nombre d’entre nous pour qui même une alimentation saine et équilibrée, ne couvre pas les apports nutritionnels conseillés pour être en parfaite santé et limiter les facteurs de risque de certaines maladies.
Témoignage de Dr Olivier Coudron, docteur en médecine, a créé à Dijon le 1er diplôme universitaire de micronutrition destiné aux médecins et pharmaciens, et enseigne la nutrition et la micronutrition aux étudiants de 5e année de pharmacie
Quels sont les différents types de compléments nutritionnels et quelles sont leur utilité ?
« Les compléments alimentaires, vitamines, minéraux, cocktails antioxydants, acides gras, servent à combler des déficits alimentaires. Mais il existe aussi des produits à prétention fonctionnelle qui vont moduler, transformer ou optimiser une fonction de l’organisme, comme les probiotiques, qui agissent sur l’écosystème intestinal. D’autres peuvent prévenir des pathologies, comme les phytostérols, qui font baisser le taux de LDL-cholestérol. »
Pourquoi prendre des compléments alimentaires alors qu’une alimentation variée devrait suffire à couvrir nos besoins ?
« Même avec une alimentation équilibrée, certaines personnes présentent des carences spécifiques. C’est le cas par exemple des femmes enceintes carencées en fer et en iode, des enfants en période de croissance, des seniors, des personnes au régime. Certains compléments alimentaires sont aussi prescrits par des médecins pour freiner le développement de maladies comme la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), première cause de cécité en France, ou pour améliorer la vie des patients victimes du syndrome de l’intestin irritable. »
Quel rôle spécifique le pharmacien peut-il jouer dans ce domaine ?
« Il s’agit d’un marché très concurrentiel. Or, même si ces compléments alimentaires ne sont pas des médicaments, ce sont des produits très actifs ayant parfois des effets indésirables. Le pharmacien a un rôle indispensable à jouer car, par ses compétences scientifiques, il peut cibler les besoins des utilisateurs, les avertir d’éventuelles contre-indications ou surdosages et leur assurer une traçabilité exemplaire de ces produits par une sélection rigoureuse des fournisseurs. »
Mise à jour : mai 2007.
Source : Pharmag n° 11.



