Le sida toujours là

Progression du VIH dans le monde, recherche vaccinale, progrès thérapeutiques; le sida continue malheureusement de faire la une de l’actualité. Pharmag fait le point sur la maladie…

Découvert en 1983 par l’équipe du professeur Montagnier, le sida – syndrome de l’immunodéficience acquise – est le nom donné à l’infection provoquée par le VIH, le virus de l’immunodéficience humaine. Le VIH a pour caractéristique de pénétrer les cellules clés de notre système immunitaire, les lymphocytes T4 ou CD4. Au sein de ces cellules, l’ARN du virus est transformé en ADN grâce à une enzyme virale, la transcriptase inverse. Cet ADN pénètre ensuite dans le noyau et s’intègre au génome de la cellule, l’obligeant à fabriquer des quantités importantes de VIH avant de mourir d’épuisement. Sans lymphocytes T4, l’organisme ne dispose plus de défense immunitaire suffisante. Toutes sortes de maladies bactériennes ou virales, dites « opportunistes », peuvent alors se développer…

Les antirétroviraux

Depuis 20 ans, les progrès thérapeutiques marqués par l’arrivée des multithérapies antirétrovirales en 1996 ont été très importants et se sont traduits par une diminution des deux tiers de la mortalité due au VIH. Associations de plusieurs médicaments antirétroviraux, les trithérapies ont pour objectifs d’abaisser au maximum la charge virale de l’organisme, de restaurer ou maintenir la fonction immunitaire et de prévenir les résistances au virus, encore trop fréquentes. Aujourd’hui, il existe sur le marché une vingtaine de molécules antirétrovirales différentes, offrant de plus en plus de possibilités thérapeutiques. Néanmoins, ces traitements présentent encore des limites : ils ne peuvent éradiquer la maladie, se heurtent aux résistances virales et entraînent des effets indésirables (lipodystrophies, vomissements…), parfois très lourds à assumer pour les malades.

La recherche vaccinale

Véritable défi scientifique, la recherche vaccinale suit actuellement deux grandes orientations: le vaccin préventif, pour éviter l’infection, et le vaccin thérapeutique, pour l’enrayer. Actuellement, plus de 20 essais sont menés dans le monde. En novembre et décembre derniers, l’Agence nationale de recherche sur le sida a ainsi lancé un appel à volontaires pour participer à un nouvel essai de vaccin préventif contre le sida. Il s’agit là du premier essai vaccinal de phase II* jamais réalisé dans ce domaine en France et en Europe… Malgré les efforts conduits ces dernières années et les résultats obtenus sur la structure de l’enveloppe du virus, les chercheurs ne savent toujours pas comment induire des anticorps « neutralisants » dans l’organisme. À court terme, la recherche vaccinale s’oriente ainsi de plus en plus vers les vaccins dits « d’efficacité partielle », dont l’objet est d’atténuer la maladie, en contrôlant la réplication virale par le système immunitaire, sans toutefois prévenir l’infection… Selon le ministère de la Santé, un tel vaccin pourrait être mis au point dans les cinq ou huit prochaines années. Mais sur ces questions, l’incertitude est plus que tenace.

* Les essais de phase I et II portent sur l’innocuité d’un vaccin et la production d’anticorps qu’il suscite ; ceux de phase III ont pour objectif d’en tester l’efficacité. 

 

Pour aller plus loin : l’engagement de la FIP

La Fédération pharmaceutique internationale (FIP) a considéré dès 1995 la lutte contre le sida comme une priorité. En 1997, elle a signé une déclaration conjointe avec l’OMS (Organisation mondiale de la santé) qui présente, sous forme de principes directeurs, le rôle spécifique du pharmacien dans «la prévention de l’infection, l’amélioration du sort des malades et la lutte contre l’exclusion sous toutes ses formes». Parmi ces principes, la FIP s’est engagée à informer ses membres sur la prévention et le traitement des MST, à mettre en place des programmes spécifiques de formation des professionnels, à susciter le dialogue entre professionnels de santé, organismes de prise en charge et associations d’aide aux malades… À travers cette déclaration, c’est le rôle d’acteur de santé publique du pharmacien qui est souligné; un acteur en contact permanent avec le grand public, les malades et tous ceux qui ont en charge l’épidémiologie, le diagnostic et la prescription.
Pour en savoir plus : www.fip.org/hivaids

 

En savoir plus

Les sorties de réserve hospitalière
De nombreux médicaments utilisés dans le traitement de pathologies lourdes font l’objet d’un classement en réserve hospitalière. Dans le cas du VIH, depuis 1997, les médicaments antirétroviraux sont amenés à sortir de cette réserve pour un usage en ville, tout en restant rétrocédables par les pharmacies à usage intérieur des établissements de santé. Au niveau des classes concernées, il s’agit d’inhibiteurs nucléosidique, non nucléosidique et nucléotidique de la transcriptase inverse ainsi que d’inhibiteurs de la protéase.

 

Témoignage d’Agnès Certain, Pharmacien et praticien hospitalier à l’hôpital Bichat (Paris)

« Depuis 1987, les traitements ont beaucoup évolué. Aujourd’hui, les patients séropositifs peuvent profiter des progrès cliniques et pharmacologiques ; la prise des médicaments est désormais intégrée dans leur vie et connaît moins de contraintes. Par exemple, il est possible de n’avoir plus qu’une seule prise de médicaments par jour avec trois comprimés. La recherche vaccinale reste encore une question très difficile. Mettre au point un vaccin, c’est isoler un antigène stable, commun à toutes les souches du virus, et créer des anticorps réellement neutralisants, or le VIH est un virus extrêmement mutant… Face au sida, le rôle des pharmaciens est essentiel ! Dans le cadre du réseau Paris-Nord, je m’investis notamment dans la formation des pharmaciens d’officine sur les traitements et le suivi des malades. Les pharmaciens ont une vraie mission à accomplir, en mettant à jour leurs connaissances sur le VIH, sur les traitements et les interactions médicamenteuses, ou encore en participant à l’éducation pharmaceutique du patient ! »

 

Mise à jour : janvier 2005.

Source : Pharmag n° 4.