La greffe en domino

À l’heure actuelle, la transplantation rénale reste le meilleur traitement disponible de l’insuffisance rénale chronique (IRC). Cependant, les unités de transplantation sont confrontées à une pénurie de greffons. Dans ce contexte, la greffe en domino* peut élargir le pool d’organes disponibles en redonnant leur chance à des greffons sains. Entretien avec Marion Castel**, interne en pharmacie hospitalière, Hôpital de Rangueil, CHU de Toulouse.

Qu’appelle-t-on «greffe en domino » ?

La greffe en domino consiste à explanter un greffon toujours fonctionnel et exempt de réaction de rejet d’un patient (cette explantation est nécessaire, voire Indispensable, pour la survie du patient), pour l’implanter chez un autre patient en attente de greffe. Ce fut le cas pour la première greffe mondiale de rein en domino à partir d’un donneur vivant, réalisée en 2007 par le Pr Rischmann au CHU de Toulouse. La patiente souffrait d’une microangiopathie thrombotique (MAT) ayant entraîné une insuffisance rénale terminale (IRT), qui avait imposé des séances d’hémodialyse depuis 2005. En 2007, elle a reçu une greffe rénale. Malheureusement, quelques semaines après la chirurgie et malgré un traitement adapté, la MAT a récidivé sur le rein greffé. Cette pathologie provoquant chez cette patiente une anémie hémolytique et une thrombopénie sévère, l’ablation du greffon est alors devenue indispensable. Le greffon rénal, toujours fonctionnel, a pu être réutilisé pour une nouvelle greffe chez une patiente hémodialysée depuis seize mois pour IRT secondaire à une polykystose familiale sévère. »

Quelles ont été les suites opératoires de ces deux patientes ?

« Les suites opératoires de la donneuse ont été marquées par un hématome lié à sa thrombopénie, les symptômes liés à la MAT ont disparu dix jours après la néphrectomie. Les suites opératoires de la receveuse finale ont été très simples: le greffon a été fonctionnel immédiatement et la diurèse a repris. Trois mois après la greffe, le rein a retrouvé une fonction strictement normale. »

Quand peut-on pratiquer une greffe de rein en domino ?

« L’explantation du greffon doit être une question de survie pour l’ancien receveur devenant alors nouveau donneur. Elle doit être réalisée dans les trois mois suivant la première greffe. En effet, les immunosuppresseurs, traitement indispensable à la tolérance de l’organisme pour le greffon, présentent des effets délétères sur le greffon à long terme. Le greffon doit être sain ou peu touché avec un taux de lésions limité à 20% sur la biopsie extemporanée. Il est également indispensable d’avoir conservé le sérum du donneur initial afin de vérifier la compatibilité sur le plan immunologique avec le À l’heure actuelle, la transplantation rénale reste le meilleur traitement disponible de l’insuffisance rénale chronique (IRC). Cependant, les unités de transplantation sont confrontées à une pénurie de greffons. Dans ce contexte, la greffe en domino* peut élargir le pool d’organes disponibles en redonnant leur chance à des greffons sains. Entretien avec Marion Castel**, interne en pharmacie hospitalière, Hôpital de Rangueil, CHU de Toulouse. nouveau receveur (cross-match négatif). D’un point de vue légal, comme dans une greffe à partir de donneur vivant, il faut l’accord des deux patients concernés et l’avis favorable de l’Agence de la biomédecine. »

Quel est l’intérêt de pratiquer ce type de greffe ?

« Cette expérience montre qu’il est techniquement possible d’explanter un greffon rénal viable chez un donneur vivant dans les trois mois après la première greffe. En dehors du phénomène de rejet, il est possible à l’avenir d’envisager une utilisation de cette technique dans les cas de récidive de maladie rénale sur le greffon, pour d’autres pathologies comme la hyalinose segmentaire et focale ou certaines glomérulopathies. Ce serait certes une perspective encourageante pour un certain nombre de patients, mais aussi un avantage économique puisqu’un patient trans planté a des frais médicaux environ cinq fois moins élevés qu’un patient hémodialysé. »

*Kamar N., Rischmann P., Guilbeau-Frugier C. & al.: « Successful retransplantation of a kidney allograft affected by thrombotic microangio - pathy into a second transplant recipient ». Am. J. Kidney Dis., Sept 2008; 52(3):591-4.
** Marion Castel, interne en pharmacie hospitalière, Pharmacie clinique, pôle uro-néphrologie, unité de dialyse et transplantation.

 

Lexique

Polykystose familiale : maladie rénale génétique caractérisée par le développement de kystes rénaux évoluant plus ou moins rapidement vers une insuffisance rénale terminale.

Hyalinose segmentaire et focale : maladie rénale caractérisée par une atteinte chronique glomérulaire. Elle est dite segmentaire si elle ne touche qu’une partie du glomérule, et focale si elle ne touche que certains glomérules.

Glomérulopathie : affection du rein due à une atteinte des glomérules.

Micro-angiopathie thrombotique : maladie caractérisée par des lésions des petits vaisseaux entraînant la formation de thromboses.

 

Mise à jour : mai 2009.

Source : Pharmag n° 17.