Institut Pasteur : 120 ans de découvertes

Pour son 120e anniversaire, l’Institut Pasteur a reçu, en récompense des travaux du professeur Montagnier sur le sida, le dixième prix Nobel de son histoire. Un nouveau témoignage de l’excellence scientifique des recherches conduites depuis plus d’un siècle au sein du célèbre institut.

Dans l’inconscient collectif, Louis Pasteur reste l’homme du vaccin contre la rage. En 1886, cette immense découverte – qui fut l’une des dernières de sa riche carrière – lui donna la possibilité de créer l’institut qui porte son nom. La guérison du jeune Joseph Meister et de 350 patients infectés par la rage lui permit en effet de présenter ses résultats devant l’Académie des sciences et de plaider la nécessité de « créer un établissement vaccinal contre la rage ». Ce fut chose faite en 1887 par décret du président de la République, Jules Grévy qui déclara l’Institut Pasteur « Fondation d’utilité publique ». Cent vingt ans après sa création, il est difficile de lister les nombreuses découvertes de l’Institut Pasteur. Certaines d’entre elles, comme les vaccins contre la diphtérie, la tuberculose ou l’identification du VIH, ont bouleversé à jamais le sort de l’humanité.

De la toxine diphtérique au BCG

Le cas de la diphtérie est très symbolique, car cette maladie, qui faisait encore des milliers de victimes au XIXe siècle, a aujourd’hui presque disparu… du vocabulaire. Ce sont deux disciples de Pasteur, Émile Roux et Alexandre Yersin, qui ont permis d’en finir avec ce fléau en découvrant, en 1888, le premier « poison » bactérien, la toxine diphtérique. Aidé par les recherches du scientifique allemand Emil Von Behring, un autre pasteurien, Gaston Ramon, établit dans les années vingt que l’on pouvait vacciner préventivement les enfants contre la diphtérie et le tétanos. Par la suite, Alexandre Yersin s’illustrera dans la recherche contre la peste en identifiant, en 1894, le bacille de la peste, – Yersinia pestis – à l’occasion d’une mission à Hong Kong. Il y parvint en une semaine dans un laboratoire de fortune. Un sérum antipesteux sauva de nombreuses vies… Au début du XXe siècle, la tuberculose constituait aussi un fléau (la « grande faucheuse »), qui tuait 150000 personnes chaque année. C’est le microbiologiste allemand Robert Koch qui en découvrit le microbe en 1881, lui donnant son nom de « bacille de Koch ». La grande découverte pasteurienne fut celle du vaccin BCG, élaboré par Albert Calmette et Camille Guérin entre 1908 et 1921. Grâce au BCG, la tuberculose a, certes, opéré un retrait dans les pays développés, mais elle tue encore 700 personnes chaque année en France !

L’identification du sida

Dans la deuxième partie du XXe siècle, la découverte la plus célèbre de l’Institut Pasteur concerne sans nul doute le sida. La dénomination même de « syndrome de l’immunodéficience acquise » date de 1982, mais le syndrome avait été reconnu comme entité pathologique l’année précédente aux États-Unis. La possibilité de la transmission par un virus émergea lorsqu’il apparut qu’il pouvait être véhiculé par le sang ou des produits sanguins. La recherche du virus fut d’abord engagée aux États-Unis sous la direction de Robert Gallo, mais il fut isolé en 1983 par l’équipe de Luc Montagnier à l’Institut Pasteur. La découverte des virus VIH-1 et VIH-2 en 1985 rendit possible la mise au point de tests de dépistage, mais pas d’un vaccin (voir « Témoignage »). Le sida reste aujourd’hui la maladie infectieuse qui fait le plus de victimes dans le monde, avec environ trois millions de décès par an. Ce n’est que vingt-cinq ans après, en décembre 2008, que les professeurs Barré-Sinoussi et Montagnier ont reçu le prix Nobel de médecine pour leur découverte du rétrovirus du sida. À 76 ans, le chercheur pasteurien Luc Montagnier a dédié son prix à « toutes les victimes du sida ».

 

Pour aller plus loin : chiffres clés

  •  L’Institut Pasteur compte près de 150 unités de recherche et plates-formes réparties en 12 départements.
  •  On dénombre 2 600 personnes sur les campus de l’Institut Pasteur.
  •  L’Institut Pasteur héberge 20 des 40 centres nationaux de référence français et 8 centres collaborateurs de l’OMS.
  •  En 2007, 382 élèves de 45 nationalités ont suivi l’un des 23 cours du centre d’enseignement de l’Institut Pasteur. Plus de 800 étudiants et postdoctorants de 56 nationalités ont été accueillis au sein des laboratoires de Pasteur.
  •  10 chercheurs pasteuriens se sont vu attribuer un prix Nobel. 

 

Témoignage de Maxime Schwartz, Directeur Général honoraire de l’Institut Pasteur

Quelles sont les orientations actuelles de recherche de l’Institut Pasteur ?
« La recherche de vaccins reste une des activités essentielles de l’Institut Pasteur. Les plus importantes recherches portent notamment sur la mise au point de vaccins contre le sida, la tuberculose, le paludisme ou la dysenterie. L’institut s’intéresse également à l’utilisation de vaccins dans la lutte contre le cancer. »

Sur quels autres thèmes l’institut se concentre-t-il ?
« Dans le domaine des maladies infectieuses, l’intérêt se porte sur la génétique de la prédisposition à ces maladies. L’épidémiologie de ces mêmes maladies s’est aussi beaucoup développée à l’institut, à l’instar des recherches lancées par les chercheurs de Pasteur autour de la récente épidémie de chikungunya à la Réunion. Plusieurs travaux sont enfin conduits en biologie du développement sur des maladies génétiques comme les myopathies, ou encore en neurobiologie où des recherches sont menées sur les mécanismes de la douleur. »

Mise à jour : février 2009.

Source : Pharmag n° 16.