Du traitement à la pharmacovigilance

Il n’existe pas de traitement médical sans risque. Pour être commercialisé, un médicament doit avoir un rapport bénéfice/risque favorable. Mais parfois, après commercialisation, des études conduisent à réévaluer ce rapport. Cédric Collin, pharmacien doctorant dans l’unité de pharmacologie clinique à l’HEGP* à Paris, nous parle du traitement de la maladie de Fabry. 

Comment évaluer le rapport bénéfice/risque d’un médicament ?

« La commercialisation d’un médicament repose sur l’autorisation de mise sur le marché (AMM). Pour l’obtenir, le médicament est soumis à plusieurs phases d’essais, finalisé par l’essai de phase III, qui rend compte des bénéfices pour le patient et des risques d’effets indésirables. Les essais peuvent être arrêtés à tout moment si les risques sont supérieurs aux bénéfices. Si, au contraire, le rapport bénéfice/risque est favorable, l’AMM est obtenu, et le service médical rendu (SMR) est évalué pour définir le taux de remboursement du produit. S’il est insuffisant, le produit n’est pas pris en charge par la Sécurité sociale.»

Quel est le rôle de la pharmacovigilance ?

« La pharmacovigilance consiste à surveiller les effets indésirables du médicament après commercialisation. Elle permet de réévaluer au cours du temps son rapport bénéfice/risque à l’aide d’études observationnelles et de la déclaration obligatoire des effets indésirables relevés par tout médecin, pharmacien ou sage-femme. Si le nombre de cas d’un effet indési- rable devient excessif, la commercialisation est arrêtée. »

Qu’en est-il du traitement de la maladie de Fabry ?

« La maladie de Fabry est une maladie génétique rare due à un déficit de l’enzyme lysosomale alpha-galactosidase A menant au dépôt de glycosphingolipides (GSL) non dégradés dans les cellules musculaires lisses et endothéliales. Cette maladie systémique entraîne une hypertrophie cardiaque et artérielle, une insuffisance rénale chronique et s’accompagne de violentes douleurs non calmées par les antalgiques. Jusqu’en 2001, sans traitement efficace, les patients souffraient d’insuffisance rénale terminale et de complications cardiovasculaires. L’arrivée des enzymes substitutives, algasidase α et ß, a révolutionné le devenir des patients en réduisant les dépôts de GSL, améliorant la qualité de vie, et en stabilisant l’atteinte cardiaque et rénale. Bien que l’AMM ait été obtenue sur la base de deux études scientifiquement critiquables (peu de patients, dépôts de GSL évalués par cotation histologique, évaluation de la qualité de vie), le bénéfice était considérable, aucun traitement n’existant auparavant. »

En quoi consistait votre étude et qu’avez-vous montré ?

« Aucune donnée ne décrivant l’effet de l’enzymothérapie sur les artères, nous avons étudié l’évolution sous traitement des paramètres géométriques et fonctionnels de la paroi carotidienne par echotracking** et la rigidité aortique par tonométrie d’aplanation*** chez 15 patients atteints de la maladie de Fabry. Après cinq ans de traitement, la rigidité aortique avait significativement diminué (baisse de la VOP de - 0,5 m/s/an), alors que paradoxalement leur paroi carotidienne s’était épaissie, mais sans effet sur le diamètre interne. La vitesse de l’onde de pouls étant un facteur prédictif du risque cardiovasculaire, on peut espérer une diminution du risque. Mais cela reste à vérifier par une étude recensant les événements cardiovasculaires apparus au cours de cette période. »

* Hôpital Européen Georges-Pompidou.
 ** Analyse du signal radiofréquence en amont du signal vidéo de l’échographie bidimensionnelle, qui mesure précisément les propriétés artérielles (épaisseur intima-media, diamètre diastolique interne et distension carotidienne).
***Mesure la pression pulsée locale et la vitesse de déplacement de l’onde de pouls, reflet de la rigidité artérielle.

 

Mise à jour : octobre 2009.

Source : Pharmag n° 18.