Des médicaments vendus… et contrefaits

Alors que le phénomène des faux médicaments se développe dans le monde, fin 2004, les plus hautes instances pharmaceutiques ont tiré la sonnette d’alarme. L’Union européenne et la France sont encore épargnées. Mais pour préserver cette situation, les acteurs de la chaîne pharmaceutique ont décidé de s’unir.

De la Fédération internationale de pharmacie à l’Organisation mondiale de la santé, en passant par le Conseil national de l’ordre des pharmaciens et l’AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé), tous les principaux acteurs pharmaceutiques sont unanimes pour condamner la contrefaçon de médicaments. Un phénomène qui n’est pas nouveau mais continue de connaître un véritable essor dans le monde.

L’Afrique et le Liban touchés

Selon un rapport du ministère de l’Économie rendu public en février 2004, 10 % des médicaments seraient contrefaits dans le monde et le phénomène de la contrefaçon aurait été multiplié par quatre en dix ans. Le continent africain apparaît comme le plus touché. Lors d’un colloque organisé par le Conseil de l’Ordre en novembre dernier, le président de l’Ordre des pharmaciens de Guinée a ainsi déclaré que dans son pays, « plus de 60 % des médicaments commercialisés seraient issus du marché de la contrefaçon ». Un phénomène qui touche aussi le Liban, « où il est fréquent de saisir des produits pharmaceutiques contrefaits en provenance d’Irak ou du Pakistan », selon Ziad Nassour, président de l’Ordre des pharmaciens libanais. Les États-Unis ne sont pas non plus épargnés puisque le préjudice économique de la contrefaçon s’y serait élevé à 35 milliards de dollars en 2003. Précisons par ailleurs que la dangerosité de ces produits, dépourvus de principes actifs ou sous-dosés, est avérée.

L’Union européenne et la France épargnées

L’Union européenne et la France ne sont pas encore directement concernées par les faux médicaments mais prennent déjà le problème très au sérieux. Selon la Direction générale des douanes et des droits directs, une recrudescence des importations de contrefaçons serait à craindre avec l’ouverture de l’Union européenne aux pays de l’Est. Si la France échappe au phénomène, les différents acteurs de santé publique s’accordent pour en attribuer la raison à une forte réglementation, appliquée strictement, et un circuit de distribution très efficace au sein duquel tous les intervenants sont identifiés et où la répartition pharmaceutique occupe une place essentielle. Interface incontournable entre les laboratoires fabricants et les pharmacies d’officine, celle-ci représente en effet une garantie de sécurité sanitaire 

 

Témoignages

Jean-Yves Videau, membre de ReMed, ancien directeur général et pharmacien responsable de la CHMP, 1er établissement pharmaceutique français distributeur à vocation humanitaire.

« Dans les pays du tiers-monde, les contrefaçons ou les malfaçons correspondent souvent à des médicaments qui ont été sous-dosés, soit volontairement soit à la suite d’une dégradation d’un principe actif de mauvaise qualité. Outre un problème d’efficacité insuffisante pour traiter le patient, en cas d’anti-infectieux, cela peut entraîner le développement de phénomènes de résistance. Actuellement, la France n’est pas touchée par les contrefaçons de médicaments, son système de réglementation pharmaceutique est sans doute l’un des plus verrouillés au monde. Il repose sur la traçabilité, l’application des Bonnes Pratiques et le rôle du pharmacien responsable tout au long de la chaîne pharmaceutique, ce qui permet d’apporter au patient toutes les garanties en matière de qualité, d’efficacité et de sécurité. Toutefois, l’élargissement de l’Union européenne et l’uniformisation des pratiques du commerce international telles les importations parallèles, peuvent favoriser des risques de déréglementation. Le pharmacien se doit donc de continuer à jouer son rôle fondamental de vigilance à tous les maillons de la chaîne du médicament ! » 

Pour en savoir plus
Réseau médicaments & développement : http://www.remed.org
Centrale humanitaire médico-pharmaceutique : http://www.chmp.org

 

Jean-Luc Audhoui, Trésorier du Conseil national et conseiller représentant de la section A de l’Ordre des pharmaciens.

« La contrefaçon est une pratique croissante ; au même titre que les produits de luxe, particulièrement affectés, le médicament est devenu une denrée que l’on contrefait. Actuellement, la France bénéficie d’un circuit très sécurisé mais elle n’est pas à l’abri d’importations de médicaments contrefaits, en provenance de l’Est européen notamment. De son côté, le Royaume-Uni a déjà été touché. La mondialisation est telle que le circuit de distribution et sa sécurité vont compter de plus en plus ; il faut donc que les étudiants soient sensibilisés à cela dès maintenant. Par ailleurs, une plus forte collaboration internationale et une augmentation de la traçabilité du fabricant au patient, avec par exemple une utilisation plus systématique de codes sbarres, apparaissent nécessaires. » 

 

Pour aller plus loin : le risque Internet

Avec la mondialisation et l’élargissement de l’Union européenne, le développement du commerce sur Internet peut expliquer en partie l’essor de la contrefaçon et pourrait, à l’avenir, être l’une de ses portes d’entrée en France. Hors de tout cadre légal, sans aucune condition de délivrance et de possibilité de contrôle, les achats de médicaments sur Internet posent en effet de plein fouet le problème de la traçabilité…

 

Mise à jour : avril 2005.

Source : Pharmag n° 5.